Jean Widmer : disparition du concepteur des panneaux marron de l'autoroute
Dans les années 1970, Jean Widmer est chargé d’imaginer une signalisation destinée à animer les bords d’autoroute et à mettre en valeur les points d’intérêt touristiques. Inspiré par le guide Michelin et les hiéroglyphes égyptiens, il crée les pictogrammes des célèbres panneaux marron. Disparu le 1er février 2026, le 107.7 lui rend hommage et vous raconte le travail du graphiste.
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Image d'illustration générée par IA
Pour concevoir ces panneaux, le ministère de l’Équipement se tourne vers Jean Widmer, « un graphiste Suisse qui fera, après les panneaux marrons, le logo du Centre Pompidou ». Il signera aussi celui de l’Institut du monde arabe. Sa mission consiste d’abord à recenser les points d’intérêt visibles depuis les autoroutes du Sud. « Jean Widmer s'est appuyé sur le Guide vert Michelin pour repérer les points d'intérêt », explique Valentin Socha.
Jean Widmer part alors sur le terrain avec son appareil photo « pour faire des repérages, des relevés, photographier, récupérer des images ». Il s’inspire de deux références majeures : le recours aux pictogrammes observé au Mexique, « utilisé pour faire passer des idées pour une population qui était pas forcément lettrée », mais aussi « les hiéroglyphes égyptiens », dont il apprécie la simplicité et la capacité à décrire le quotidien.
À partir de ces photos, il élabore un vocabulaire graphique fondé sur l’épure. « Il a essayé d'épurer au maximum les volumes », notamment en travaillant uniquement en 2D. La cité de Carcassonne fait partie de ses symboles favoris : « avec ses remparts, ses murailles, ses tours », l’enjeu est de « gommer les détails superflu » pour rendre le dessin immédiatement lisible. Certains sujets posent plus de difficultés, comme l’artichaut, « qui a une forme assez complexe » et pour lequel « il lui avait fallu 8 jours » de travail. Pour d’autres, il opte pour des choix pratiques, comme la vigne : « il a préféré mettre le raisin de côté (…) pour préférer plutôt le tonneau ».
Reste la question de la couleur. Pourquoi le marron ? Valentin Socha apporte la réponse :« Le blanc était déjà pris, le bleu était déjà pris, le vert aussi », ce qui réduit considérablement les options. Le marron finit par s’imposer, à la fois par obligation et par pertinence : il symbolisera le patrimoine et deviendra la teinte des pictogrammes touristiques.