C'est un ténor qui n’a pas eu le choix, et tant mieux ! Dans son école, au cœur de l’océan Pacifique, on n’avait pas le droit de jouer au rugby si on ne s’inscrivait pas à la chorale. C’est comme ça que tout a commencé pour le samoan Pene Pati. Après des études musicales en Nouvelle Zélande et au Pays de Galles (étonnant comme son parcours d'artiste l'a toujours mené dans des contrées de rugby) il a connu une carrière fulgurante qui l’amène aujourd'hui à chanter de Paris à New York en passant par Milan et Londres. Et partout, on le présente comme l’héritier de Pavarotti. Sa voix puissante, sait se faire délicate, et son timbre clair et brillant séduit, sans jamais faillir.
Le ténor, chaleureux et enthousiaste, vient d'incarner pour la première fois un rôle où on ne l'attendait pas, celui de Werther, personnage sombre et romantique de Massenet (inspiré par le héros de Gœthe). Ses débuts dans ce rôle à l'Opéra Comique ont marqué, non seulement par son incarnation tout en retenue, mais aussi par sa diction et sa prononciation impeccable du français. Si sa femme, française, l'aide dans son apprentissage de la langue, et quelques applis aussi, son oreille musicale a fait le reste.
Son interprétation est limpide mais nécessite, dit-il, une attention particulière : « A certains moments, je sens que c’est très naturel : le français sort incroyablement. Aussi facilement que je pourrais le souhaiter. Mais parfois c’est beaucoup plus dur. Certaines voyelles sont vraiment dures à atteindre. Par exemple les ‘‘nasales’’ : quand le ‘‘o’’ est très fermé, comme dans ‘‘front’’. Ca c’est vraiment difficile à chanter, surtout dans les aigus. » Pene Pati considère qu'une bonne prononciation, une bonne articulation, est essentielle : « Pour moi c’est le plus haut signe de respect que de savoir apporter de la nuance dans une langue. » Bientôt c'est en italien qu'il s'exprimera sur scène (avec tout autant de facilité) puisqu'il incarnera Edgardo dans Lucia Di Lammermoor de Donizetti à l'Opera National du Capitole de Toulouse, du 20 février au 1er mars.
Parallèlement à sa carrière musicale, le chanteur lyrique se passionne pour le rugby, qu’il a beaucoup pratiqué : « Vous savez quoi… ? Si demain on me demande de participer à un match de rugby, j’y vais direct, à 100%, c’est clair ! Je continue à suivre de très près le championnat néo-zélandais, la Coupe du Monde, le Tournoi des VI Nations. Et je me suis mis récemment à suivre le championnat de France. Pourquoi ? Parce que j’ai plein de copains samoans qui y participent ! »
Un documentaire sur ce ténor attachant et ultra talentueux est en préparation et doit être diffusé prochainement sur Arte. En attendant, il y a toujours le dernier album d’airs napolitain de Pene Pati, paru en septembre chez Warner Classics. Il sera également en concert à Bordeaux le 22 mars, à Paris le 11 mai au Théâtre des Champs-Élysées, puis à la Philharmonie le 22 mai.
Pene Pati : pour l'amour du chant et du rugby
Parvenu au sommet en peu d'années, le ténor samoan adore chanter en français, et ne manque jamais de suivre le rugby pendant les opéras qu'il donne.
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Portrait d'un ténor samoan francophile.
© Simon Fowler
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